André Suarès
Debussy
Le plus grand livre jamais écrit sur Debussy ? Peut-être bien.
André Suarès possède en effet ce don unique de pénétrer au cœur des êtres, de les regarder à hauteur d’homme et de les révéler par la grâce d’une intuition prodigieuse et d’une prose incandescente. Musicien lui-même, fort d’une finesse d’analyse incomparable, il comprend les œuvres de l’intérieur. « Je ne tiens à rien qu’à la beauté – et à la faire aimer. » « Aimer, nom du seul bien du monde et du plus rare », écrivait- il. Par-dessus tout, l’amour le guide.
Un peu plus d’un siècle après sa parution en volume, la réédition de ce maître ouvrage s’imposait. Elle s’accompagne d’une préface d’Émilie de Fautereau Vassel, spécialiste de la réception de l’œuvre de Claude Debussy en France, et d’une postface d’Antoine de Rosny, spécialiste de l’œuvre d’André Suarès
La presse en parle
17 € / 198 pages
11,5 x 18 cm
978-2-48746-857-3
À propos de l'auteur
André Suarès (1868-1948) est issu d’une famille de négociants juifs installés à Marseille. Il compte des ancêtres à Alep, à Gênes, à Marseille et peut-être en Bretagne. Enfant prodige, il remporte le premier prix au Concours général à l’âge de 15 ans. Reçu brillamment à l’Ecole normale supérieure, il devient ami avec Romain Rolland, à l’ombre du « cloître de la rue d’Ulm », et avec Paul Claudel. Dreyfusard militant, ennemi de Barrès, plus tard de l’Action française, il rencontre Ernest Renan, écrit à Léon Tolstoï, est proche de Georges Clémenceau, puis de Charles Péguy, l’un de ses premiers éditeurs aux Cahiers de la Quinzaine. En 1895, il entreprend son premier pèlerinage à pied en Italie dont il rapporte les visions qui formeront le Voyage du Condottiere (1910-1932). Soutenu dans son travail littéraire par l’équipe de la NRF, il intègre la revue en 1912. Gide écrira à ce sujet en 1944 : « Valéry, Claudel, Suarès et moi, tous quatre piliers de La Nouvelle Revue française ; tous quatre peu férus de « succès », ayant en grande horreur battage et réclame et chacun soucieux de ne devoir qu’à sa propre valeur les lauriers. » Admiré en France - Debussy, Bourdelle, Picasso -, mais aussi à l’étranger - Miguel de Unamuno, James Joyce ou Stefan Zweig, l’un de ses traducteurs -, il s’impose comme une référence pour les écrivains de la génération de Malraux.
Suarès écrit alors dans tous les genres, à l’exception du roman, qu’il loue chez les autres : des poèmes, des aphorismes, des libres propos et des pièces de théâtre. Au gré de ses livres, il célèbre les plus génies de la vie artistique ; il peint les villes et les paysages de Bretagne et de Provence ; il participe à la création de la Bibliothèque Jacques Doucet ; enfin, il n’en est pas moins attentif aux plus sombres réalités politiques de son temps.
Dès les années 1920, il pressent les germes d’une nouvelle crise. Critique envers Mussolini comme envers Lénine, il devient de plus en plus virulent, dans ses textes, avec l’ascension d’Adolf Hitler. Durant les années 1930, Suarès écrit sans relâche contre tous les totalitarismes, entre autres dans sa chronique de la NRF interrompue en 1940. Contraint de fuir en zone Sud, il est caché par le surréaliste Pierre de Massot. A Alger en 1943, Charles de Gaulle demande la réédition de son livre Vues sur l’Europe. À la Libération, Suarès célèbre la victoire des Alliés, mais épuisé par les années de guerre, il meurt en 1948.
Dans son œuvre, on découvre sa conception d’une Europe fraternelle, son culte des plus grands esprits de tous les pays, mais aussi son obsession du rang de la France et de son esprit dans le concert des nations. Suarès reste d’une actualité profonde, car ce qu’il vise, est la défense généreuse de l’humanité dans son entièreté contre tout ce qui prétend l’encadrer. Il y va avec lui d’une protestation continue de l’esprit de liberté, située à l’opposé de toutes les tyrannies.
Stéphane Barsacq

